Allocution d'ouverture du Président du parti à l'occasion du congrès extraordinaire du MLPC

ALLOCUTION D’OUVERTURE DU PRESIDENT DU PARTI A L’OCCASION
DU CONGRES EXTRAORDINAIRE DU MOUVEMENT DE LIBERATION DU PEUPLE CENTRAFRICAIN (MLPC)

Bangui, le 22 novembre 2014

-    Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Chefs de Mission Diplomatique et Représentants des Organisations Internationales ;
-    Messieurs les Présidents des Partis et Associations politiques ;
-    Messieurs les Représentants des Organisations des droits de l’Homme, et de la Société Civile ;
-    Distingués Invités ;
-    Camarades Militantes et Militants du MLPC ;
-    Chers Congressistes.

Il y a aujourd’hui  un peu plus de huit (08) ans, au cours de notre  Congrès extraordinaire de juin 2006,  vous m’avez m’a fait l’honneur de me porter provisoirement à la tête de notre Parti. Vous m’avez confirmé à ce poste  lors des assises de notre IIIème Congrès ordinaire, tenu en juin 2007 ici à Bangui.
Cela fait donc aujourd’hui huit années que vous me faites confiance, et pendant  ces  huit (08) années de dur combat militant,  beaucoup de choses ont été accomplies malgré l’adversité, j’allais même dire malgré l’hostilité ouverte et bien souvent injustifiée contre notre Parti.
Cependant, je dois souligner avec force que votre soutien militant, vous camarades qui êtes représentés ici, ainsi que celui de  certains autres  qui ne sont hélas plus de ce monde, sans oublier le soutien de nos frères démocrates centrafricains et  d’ailleurs, nous ont été déterminants pour faire face à cette adversité.
C’est donc pour moi l’occasion de vous remercier tous, camarades militantes et militants de notre Grand Parti, tous nos frères démocrates centrafricains et tous nos camarades membres de l’Internationale Socialiste ici présents, dont nous saluons  les messages de soutien et de solidarité.
Je tiens à  saluer chacun d’entre vous et à vous adresser mes chaleureux  remerciements, ainsi que ceux de tous nos militants, pour avoir accepté de participer à cette cérémonie d’ouverture de notre Congrès extraordinaire, et pour votre présence effective parmi nous.


Camarades,

En ce jour où nous nous retrouvons à nouveau à un Congrès extraordinaire de notre Parti, je voudrais solennellement, en ma qualité de Président du Parti, vous inviter tous à vous lever et à observer une minute de silence en la mémoire de nos nombreux compatriotes et ressortissants  de pays amis, victimes innocentes des évènements que notre cher pays traverse depuis le début de décembre 2012.
Je vous prie d’associer à vos pensées nos sœurs et frères qui sont tombés, victimes de leur foi militante sous le régime défunt, et  plus particulièrement, je voudrais que nous saluons tous  la mémoire de celui qui restera toujours notre Grand Camarade, le défunt Président Ange Félix PATASSE, tout comme celles de nos illustres Camarades Joseph Vermond Tchendo, Alphonse Mete-Yapende , Albert Francis Ouakanga ,Paul Zala et Faustin Motsoki,  pour ne citer que ceux qui nous ont quitté cette année.

Je vous remercie.

-    Chers Congressistes ;
-    Camarades Délégués venus de nos provinces et de l’extérieur.

Je tiens aussi, avant toute chose, à saluer les camarades venus des fédérations d’Europe-Amérique- Asie- Moyen-Orient Océanie et du Cameroun, je salue les camarades venus de la Mambéré-Kadéi, de la Sangha-Mbaéré, de la Haute-Kotto, du Bamingui-Bangoran, de la Nana- Mambéré, du Haut-Mbomou, du Mbomou, de la Ouaka , de la Basse-Kotto, de la Nana-Gribizi, de l’Ouham, de l’Ouham-Pendé, de la Lobaye, de la Kémo, de l’Ombella-Mpoko, et de la Vakaga. Vous êtes venus à moto depuis Sam-Ouandja et  Berbérati, en pirogue depuis Mobaye, par divers moyens pour être là, présents à votre congrès. C’est ça le MLPC, cet esprit militant, cet engagement total,  sans lequel ce Parti n’existerait plus et sans lequel les présentes assises n’auraient pas pu se tenir.
 
Mes pensées vont aussi en ce moment aux nombreux camarades empêchés pour diverses raisons de  prendre part aux travaux de notre Congrès extraordinaire, je leur envoie mes salutations militantes.

-    Camarades Militantes et Militants du MLPC ;
-    Chers Congressistes.

Lorsque je prenais la présidence de notre Parti le MLPC en juin 2006, il  revenait de loin. Nous venions en effet, trois (03) ans plus tôt, de perdre le pouvoir suite au coup d’Etat du 15 mars 2003, après dix (10) années de son exercice grâce à la seule alternance démocratique de 1993 que notre pays, la République centrafricaine, ait connue depuis son indépendance.
Faut-il le rappeler, ce coup d’Etat consécutif à une longue et dévastatrice rébellion, a été l’œuvre de celui que je ne nommerai pas, et qui pour ce crime imprescriptible contre la nation, s’est attaché les services de mercenaires étrangers appelés « libérateurs » pour les besoins de la cause.
Ces prétendus libérateurs, après avoir écumé notre pays, ont été incorporés dans notre armée, notamment la garde présidentielle, avec les conséquences que nous avons tous vécues, d’abord en avril 2004 au PK 12 pour des histoires de promesses financières non tenues, et à partir de 2012 dans l’arrière-pays.
Vous noterez, ironie de l’histoire, que ceux qui ont introduit le Cheval de Troie en RCA jusqu’au cœur de Bangui le 15 mars 2003  tentent désespérément de réécrire l’histoire, en distillant des rumeurs selon lesquelles le MLPC et son Président, ainsi que ses alliés de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Transition (AFDT), seraient ceux qui auraient  introduit les loups dans la bergerie. Les faits historiques ont pourtant là, têtus, et j’y reviendrai. 

Camarades,

Notre retour dans l’opposition en 2003 s’est fait dans la douleur. Le pouvoir à l’époque a usé de tous les moyens pour diviser notre Grand Parti, jeter les cadres en prison et forcer d’autres à l’exil, dans le seul but d’affaiblir notre combat militant. Comme certains prétendus stratèges politiques à la petite semaine le disaient à l’époque, « le MLPC étant devenu une troupe sans chef et le putschiste un chef sans troupe », le nouveau pouvoir allait donc s’emparer logiquement de notre Parti. Mais Camarades, vous avez su résister, et votre résistance nous a donné la force de sauver le Parti. Aujourd’hui, grâce à votre lutte, grâce à votre résistance pacifique, le MLPC est plus que jamais debout.  
Déjà en 2005, lors des échéances électorales, en dépit des manœuvres diaboliques  mises en œuvre pour nous écarter de la course à l’élection présidentielle, nous avons réussi à être présents au second tour. Nous n’avons accepté la défaite que l’on nous a attribuée que pour préserver la paix sociale, et nous n’avions pas comme d’autres, suscité et soutenu des mouvements de rébellion. « Nzapa la a mou na é fadé kangango bé ! »

Une fois encore, à l’issue du hold-up électoral de 2011, notre pays a franchi le rubicond en faisant un grand bon démocratique en arrière pour se retrouver avec une Assemblée nationale monocolore composée des députés du seul parti au pouvoir et ses alliés grâce à des fraudes électorales jamais égalées dans notre pays. Au total, pendant les dix (10) années passées au pouvoir, le régime défunt n’a eu de cesse de tout mettre en œuvre pour fragiliser non seulement le MLPC, mais aussi tous les autres Partis politiques ayant des aspirations démocratiques et qui ne se reconnaissaient pas dans sa gouvernance. Toutes ses diatribes ne visaient que le MLPC, ses alliés et votre  modeste Président que je suis.

Comme je le disais tantôt, pendant ces dix (10) années, le MLPC  n’a jamais baissé les bras. En effet, avec les partis politiques amis et frères qui étaient dans l’ancienne opposition politique, regroupés d’abord au sein de l’Union des Forces Vives de la Nation (UFVN) puis dans le Front pour l’Annulation et la Reprise des Elections de 2011, en abrégé FARE 2011, le MLPC n’a ménagé aucun effort pour dénoncer les dérives claniques et autocratiques du pouvoir qui conduisaient droit au mur, et engageaient notre société vers l’implosion.
Le résultat est celui que vous connaissez : notre pays a vu se multiplier plusieurs groupes de rébellion armée qui ont écumé les villes et villages de notre arrière-pays, prenant en otage les paisibles citoyens qui ne pouvaient plus vaquer librement à leurs activités quotidiennes. Ce seront ces groupes rebelles dont l’ossature est constituée des fameux libérateurs de mars 2003, qui mettront fin à ce  régime le 24 mars 2013, tout en plongeant, malheureusement,  notre pays dans une crise de laquelle nous peinons à sortir.

Mais je ne suis pas là aujourd’hui pour vous parler du passé. Je suis là pour parler avec vous de l’avenir, de notre avenir commun. Cet avenir que nous voulons radieux commence par les travaux de notre Congrès extraordinaire, à l’issue duquel le MLPC va désigner son candidat pour les futures échéances électorales.

-    Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Chefs de Mission Diplomatique et Représentants des Organisations Internationales ;
-    Messieurs les Présidents des Partis politiques ;
-    Messieurs les Représentants des Organisations des droits de l’Homme ;
-    Distingués Invités ;
-    Camarades Militantes et Militants du MLPC ;
-    Chers Congressistes.

Malgré  ce sombre décor, et toutes les vicissitudes que nous avons connues, notre  Grand Parti le MLPC  a continué sa marche en avant. Après  le Congrès de l’Unité en juin 2007 où nous avons scellé la réconciliation et la réunification avec nos frères de l’ex-MLPCO, nous avons procédé à la restructuration géographique du Parti. Nous avons  restauré les cellules,  les sections  et les sous-fédérations qui sont nos organes de base, sur l’ensemble du territoire de notre pays. Ce travail doit s’intensifier après ce Congrès et notre objectif est d’avoir 5000 cellules de base dans les 5000 villages et quartiers de villes que compte la RCA.

Nous avons poursuivi notre mue en renforçant la gouvernance démocratique interne, consacrant ainsi le plein envol des organes connexes du Parti que sont le Mouvement de Libération de la Femme Centrafricaine (MLFC) et le Mouvement de Libération de la Jeunesse Centrafricaine (MLJC) dont je salue ici le dynamisme, l’engagement militant et le sens du combat politique.

Nous avons créé l’Ecole du Parti avec une direction composée de cadres multidisciplinaires, et qui forme désormais nos militants à l’idéologie du Parti, mais aussi sur les principes démocratiques et la gouvernance politique. Nous faisons appel en cas de besoin à des personnalités non partisanes pour intervenir dans l’Ecole du Parti, car de la discussion jaillit la lumière.
Nous avons renforcé notre alliance avec les plus Grands Partis Politiques de notre pays pour nous serrer les coudes afin d’asseoir durablement la démocratie en Centrafrique, et pour mener ensemble aujourd’hui et demain le combat de la libération de notre peuple de l’asservissement.


Enfin, je dirais même mieux, en plus, le MLPC a intégré depuis juin 2008 la grande famille de l’Internationale socialiste et est membre fondateur de l’Alliance Progressiste Mondiale, lors de sa création en Allemagne en 2013. Comme vous le savez, cette Alliance est  le réseau de travail des partis progressistes du monde entier..

-    Camarades Militantes et Militants du MLPC ;
-    Chers Congressistes.

Au moment où nous ouvrons les assises de notre Congrès extraordinaire, notre peuple est meurtri comme jamais auparavant. Notre société est divisée. Notre économie est au plus mal. Le spectre de la guerre civile hante nos esprits à chaque instant de notre vie. Notre cohésion sociale est structurellement ébranlée. Les Centrafricains ne savent plus à quel saint se vouer.

Nombreux sont  nos frères et nos sœurs qui ont trouvé la mort, une mort administrée très souvent par d’autres frères et sœurs avec qui nous avons toujours vécu en harmonie.  D’autres ont dû leur salut à leur fuite éperdue, pour se  réfugier dans des pays étrangers, tandis que d’autres vivent en brousse ou sur des sites précaires, déplacés dans leur propre pays. D’innocentes femmes et de pauvres enfants sont tous les jours exposés au grand banditisme, victimes de la barbarie sanguinaire des miliciens armés. On a voulu instrumentaliser la religion pour créer dans notre pays une soi-disant guerre confessionnelle. Lassée, la population centrafricaine ne croit plus en rien ni en personne.

Pour tout dire, les Centrafricains aujourd’hui ne savent même plus s’ils vont sortir un jour de cette situation douloureuse. Ils doutent de voir leur pays, la République centrafricaine, renouer avec  un climat de paix et de cohésion sociale leur permettant d’œuvrer à leur bien-être social et leur épanouissement personnel.

-    Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Chefs de Mission Diplomatique et Représentants des Organisations Internationales ;
-    Messieurs les Présidents des Partis politiques ;
-    Messieurs les Représentants des Organisations des droits de l’Homme ;
-    Distingués Invités ;
-    Camarades Militantes et Militants du MLPC ;
-    Chers Congressistes.

En juin 2007, je commençais mon discours d’ouverture du 3ème Congrès ordinaire du MLPC en citant un  héros africain de la lutte pour l’indépendance, qui avait coutume de dire : ‘’Quelle que soit la longueur de la nuit, le jour finit toujours par se lever’’. En évoquant la souffrance de mes compatriotes en ce jour, je ne peux m’empêcher de dire que cette citation est  d’une brûlante actualité. Il faut y croire.

Oui, nous devons croire. Croire en nous. Croire aux immenses potentialités de notre pays. Croire en notre humanité. Le jour viendra en effet où la confiance regagnera notre peuple, et où la joie de vivre reviendra dans notre pays. Et ce jour, le MLPC et moi-même, nous y travaillons chaque heure et chaque jour que Dieu fait, avec tous les cadres du Parti, ici et à l’étranger. Nous travaillons sur un vaste projet de relèvement de notre pays dans la paix, l’unité,  la dignité et  le travail. Les Romains, il ya deux mille ans, n’avaient-ils pas dit « Labor improbus omnia vincit » Oui en effet, seul le travail nous permettra de vaincre toute cette marée de valeurs négatives qui a déferlé sur notre pays.
Pour ma part, je continuerai, à vos côtés,  à ne ménager aucun effort pour mener le combat pour lequel je me suis engagé très jeune, en adhérant au MLPC à l’âge de 22 ans. Ce combat pour la libération du peuple centrafricain est plus que d’actualité, et l’Histoire ne nous pardonnera pas de nous en dérober.

Camarades, comme je le fais partout où je passe,  je continuerai de plaider et d’œuvrer pour le retour de nos sœurs et frères réfugiés et déplacés, avant le démarrage du processus électoral.
Aller aux élections avant le retour des déplacés et surtout des réfugiés, c’est donner raison aux apôtres de la division.

Aller à la réconciliation sans que la justice ne soit rendue aux nombreuses victimes des barbaries subies depuis plusieurs décennies, c’est accorder une prime à la kalachnikov et à la violence aveugle.

Comme tous les peuples du monde, les Centrafricains dans toutes leurs composantes aspirent à la paix. Nous voulons la paix, et vous connaissez tous ce vieil adage qui dit : «  si tu veux la paix, prépares la guerre »

C’est pourquoi je demande  aux autorités de la transition, qui ont notre soutien,  de ne ménager aucun effort pour ramener la paix et la quiétude dans notre pays. Pour cela il nous faut une armée, il nous faut notre armée, aux côtés des forces internationales dont nous  saluons les actions et les sacrifices, et nous nous inclinons devant leurs fils qui sont innocemment tombés au champ d’honneur pour nous défendre.
Il nous faut notre armée qui doit être remise debout de concert avec la communauté internationale. C’est à l’ombre tutélaire de nos forces armées, que nous aurons la paix qui nous permettra de réconcilier durablement nos concitoyens entre eux, de créer les conditions pour que les Centrafricains déplacés à l’intérieur du pays , et ceux qui sont réfugiés à l’extérieur rentrent tous enfin chez eux, et de travailler efficacement pour l’organisation d’élections crédibles et transparentes à l’issue desquelles se mettront en place des institutions démocratiques, seules gages de la stabilité et de la cohésion nationales.
Il est impératif pour nos compatriotes aussi bien Ex- Séléka que les  Anti – Balaka de respecter les dispositions des Accords de Brazzaville qu’ils ont signés, et de s’inscrire en conséquence dans une démarche de paix véritable, car on peut tout faire avec une baïonnette, sauf de s’asseoir dessus.

Quant à vous, Chers Camarades Militantes et Militants du MLPC, je vous exhorte à travailler pour la réconciliation nationale, en allant vers tous vos compatriotes, pour leur parler du dialogue et de la paix avec tous, même et surtout à  ceux qui croient, à tort, que nous sommes leurs ennemis. Nous ne pouvons pas être des ennemis de nos propres compatriotes centrafricains pour la très simple raison que  nous sommes tous des filles et des fils de ce pays bien doté par la nature, et que nous avons en partage. Nous devons tous être conscients que si notre pays est aussi pauvre, c’est principalement  parce que depuis cinquante ans nous nous trompons d’adversaire.  Notre véritable ennemi est l’absence de conscience citoyenne, c’est-à-dire de l’intérêt général, qui nous a conduits à la misère et surtout à la division.
 
-    Camarades Militantes et Militants du MLPC ;
-    Chers Congressistes.

Nous sommes au pied du mur, et nous devons nous relever. Pensons d’abord à notre pays et à notre peuple, avant toute chose. Construisons le présent et le futur en nous fondant sur des valeurs républicaines à restaurer. Ne nous laissons pas distraire par ceux qui, ayant plongé notre pays dans cette situation douloureuse, éprouvent un malin plaisir à distiller des fausses allégations pour ternir l’image de notre Grand Parti le MLPC, en affirmant que nous aurions été les complices de l’avènement de l’ex- coalition Séléka. Ce sont les mêmes qui, lors des évènements du 28 mai 2001 ont conseillé au Président Patassé de faire venir les troupes de Jean-Pierre Bemba, et qui ont tenté de me couvrir d’opprobre en m’accusant d’avoir fait venir des Banyamulengués.
Bien que j’ai été innocenté en grande instance et en appel par la justice de notre paysqu’ils ont pourtant eux-mêmes saisie, , ils proposent périodiquement le même plat parce que leur seul rêve obsessionnel est de tout faire pour barrer la route au MLPC.

C’est dans ce même registre que s’inscrivent les accusations de prétendue complicité du MLPC avec la Séléka, que profèrent  ceux-là mêmes qui ont porté au pouvoir les ancêtres de la Séléka le 15 mars 2003. C’est une règle élémentaire de droit partout dans le monde : lorsque vous accusez quelqu’un d’un crime ou d’un délit, c’est à l’accusateur d’en apporter la preuve. Dans le cas de nos accusateurs anonymes, ils demandent plutôt à l’accusé de prouver qu’il est innocent.

Ne nous laissons pas entraîner dans des digressions fumeuses ou dans des querelles inutiles avec des ragots de basse échelle. Le MLPC est un parti politique profondément démocratique. Nous ne connaissons pas d’autres moyens pour l’accession au pouvoir que la lutte démocratique et les urnes ;  et nous l’avons démontré en 1993.

Chassé par un coup d’Etat rebelle du pouvoir qu’il a conquis par la voie des urnes, le MLPC n’a jamais pris des armes contre le pouvoir établi, ni organisé quelque manifestation que ce soit dans le dessein de déstabiliser le pouvoir.

Notre seule arme est celle que nous avons utilisée depuis notre création pour lutter contre la dictature sous l’empire centrafricain : le combat démocratique. Nous sommes toujours présents lorsqu’il s’agit de  s’associer aux  forces démocratiques  de notre pays épris de paix et de justice pour mener la lutte  politique démocratique contre les potentats de tous poils.

Aussi, je vous exhorte à ne jamais céder aux provocations. Si quelqu’un avait la moindre preuve de cette soi-disant collusion du MLPC avec une quelconque rébellion, qu’il la sorte ! Mais je vous assure qu’il n’y en a pas tout simplement parce que ni de près ni de loin votre Parti n’a opté pour la violence comme mode de conquête du pouvoir. Le MLPC est  à l’aise et a la conscience tranquille sur cette question.

-    Camarades Militantes et Militants du MLPC ;
-    Chers Congressistes.

L’heure est grave. A cause de la situation dramatique que vous traversez, beaucoup d’ illusionnistes, comme des mauvaises herbes après les premières pluies de la saison,  se disent que le moment est propice pour vous vendre des faux espoirs, et de fausses rumeurs savamment distillées.

Vous n’êtes pas des marchandises à acheter à coup de billets de banques, et souvenez-vous de l’adage qui dit « a beau mentir qui vient de loin »
Regardez bien les nouveaux prophètes, et ne vous laissez pas distraire, comme Ulysse dans la mythologie grecque, par les chants de cygne.
Le MLPC est et restera une maison ouverte à toutes les Centrafricaines et à tous les Centrafricains, de toutes les origines et de toutes les croyances.
Nous sommes  un parti de masse, le parti du peuple, issu du peuple, et dont le cœur bat au diapason de celui de toutes les filles et les fils de ce pays. Je lance un appel solennel à toutes celles et à tous ceux qui avant-hier et hier étaient encore au MLPC et qui se sont retirés pour diverses raisons, à revenir à leur maison-mère. De même j’appelle tous nos compatriotes qui, pour diverses raisons, n’ont pas encore rejoint le MLPC de le faire. Nos portes sont grandement ouvertes, car nous sommes le Parti du Rassemblement.

Camarades,

Il ne vous a pas échappé qu’à l’issue de sa dernière session qui vient de se tenir la semaine dernière à Bangui, le Groupe International de Contact a entériné la proposition de l’Autorité Nationale des Elections de reporter de cinq (5) mois les élections législatives et présidentielles dans notre pays. Sauf nouvel ordre, ce sera donc pour les mois de juin et juillet prochains. Nous ne pouvons donc que formuler l’espoir qu’avec le soutien multiforme de la Communauté internationale déjà présente dans notre pays par ses forces armées et ses institutions diverses, les conditions seront rapidement réunies pour permettre la tenue dans de bonnes conditions de sécurité et de sérénité ces élections tant attendues desquelles devront sortir les prochains dirigeants que notre peuple aura choisis.
Le MLPC notre parti, doit évidemment être présent à cet important rendez-vous pour l’avenir de notre pays et des Centrafricains.

Au cours des présentes assises, vous allez donc choisir notre candidat pour la future élection présidentielle parmi plusieurs postulants parce que dans notre Parti il n’y a pas de candidat naturel. Nos textes statutaires précisent bien que le Président du Parti n’est pas son candidat automatique lors des joutes électorales nationales. Ainsi donc, votre choix est libre.

Je vous exhorte à faire en âme et conscience, librement, le choix de celle ou de celui que vous estimez être le plus apte à vous représenter dans cette bataille combien importante pour la libération du peuple centrafricain. 

Pour ma part, je reste au service du Parti et je ne me déroberai pas de mon devoir, puisque je sollicite également vos suffrages lors de ces primaires  pour représenter notre parti lors de prochaine élection présidentielle. Une fois cette étape des élections primaires franchie, nous nous mobiliserons tous derrière le ou la camarade désigné(e), pour mener le combat de la victoire finale.

Comme vous le constatez vous-même Camarades, ce Congrès est plein de perspectives, puisqu’au sortir de nos assises, nous aurons désormais un candidat qui portera nos couleurs et notre espoir pour gagner la future élection présidentielle.
C’est pourquoi je place ce Congrès extraordinaire sous le signe de l’espoir.

Je déclare donc ouvertes les assises du Congrès extraordinaire du Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain.

Je vous remercie Camarades et souvenez-vous toujours que seule la lutte libère.

Victoire Camarades ! Victoire Camarades ! Victoire Camarades !

La lutte continue, car notre victoire est certaine.

Martin ZIGUELE

Président du Bureau Politique National
Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain (MLPC)


Discours d'ouverture des travaux du Conseil Politique National

DISCOURS D’OUVERTURE

DES TRAVAUX DU CONSEIL POLITIQUE NATIONAL (CPN)

 

Bangui, les 20 et 21 Novembre 2014

 

 

Camarades Conseillers Politiques Nationaux,
Camarades vice – Présidents du Parti,
Camarades membres du Bureau Politique,
Camarades militantes et militants,
Chers invités,
Mesdames et messieurs,

Au nom du Bureau Politique, je vous salue et vous souhaite à toutes et à tous, la bienvenue à ce Conseil Politique National du MLPC.
C’est pour moi un réel plaisir et un insigne honneur de vous revoir après tant d’années où il ne nous a pas été permis de réunir une session ordinaire du Conseil Politique National, la dernière ayant eu lieu en Février 2009.

Camarades CPN,

Conformément aux dispositions de l’article 25 de nos statuts, le Conseil Politique National qui est l’organe de décisions le plus élevé du Parti dans l’intervalle des congrès. Il se réunit une fois par semestre en session ordinaire sur convocation du Président du Parti. Il se réunit également en session extraordinaire à la demande du Président du Parti ou des 2/3 de ses membres.
Il importe donc de rappeler que depuis Février 2009, le Conseil Politique National n’a pu être convoqué en raison de certaines contingences politiques, sécuritaires et structurelles, inhérentes à plusieurs événements survenus dans notre pays depuis le hold-up électoral du Président François BOZIZE.
L’essentiel est qu’aujourd’hui, nous soyons tous enfin réunis pour cette présente session du CPN au cours de laquelle, nous aurons à débattre de l’ordre du jour suivant :

A.    - Examen et adoption du rapport moral, politique et financier du bureau politique.

B.    - Examen des propositions d’amendements des textes de base du Parti (statuts et règlement intérieur) en vue d’y insérer ultérieurement :


1.     Examen des procédures et modalités de candidatures aux élections présidentielles et législatives.

- Le profil du candidat du MLPC à l’élection présidentielle et aux élections législatives,
- La procédure d’élection primaire du candidat du MLPC à l’élection présidentielle et aux élections législatives,
- la composition du dossier de candidature à l’élection présidentielle et aux élections législative,


2.     La création de l’école du parti,

3.     La création de l’organe de presse Kongo wara,

4.     La création de la télévision en ligne du MLPC,

5.     La création de la radio diffusion du MLPC.

C.   Divers


Camarades CPN,
Distingués invités.

Depuis notre dernière session en février 2009, plusieurs événements ont marqué l’évolution de notre pays que  je m’en vais rappeler brièvement pour servir de fil conducteur à nos réflexions au cours de ces travaux.

1°) – La désastreuse parodie électorale du 27 janvier 2011 caractérisée par une fraude massive sans précédent dans l’histoire de notre pays,  a consacré la scandaleuse entrée dans une Assemblée nationale monocolore de plusieurs membres de la famille du président François BOZIZE et des alliés de son parti alors au pouvoir. Malgré le refus des partis de l’opposition démocratique de l’époque de reconnaître les résultats de ce hold-up électoral, le KNK et son leader ont verrouillé la vie politique nationale à leur seul profit  tout en instrumentalisant la Cour constitutionnelle qui a rejeté en bloc quasiment toutes les requêtes pourtant fondées, des candidats et formations politiques de l’opposition démocratique.

2°) – Malgré l’insistance de la communauté internationale et de certains chefs d’état des pays voisins et frères qui n’ont eu de cesse de lui prodiguer des conseils d’ouverture politique à l’opposition et de lui préconiser la nécessité du dialogue et la concertation, le président François BOZIZE s’est hermétiquement enfermé dans sa surdité et croyait avoir raison contre tout le monde. C’est ici que se trouve la vraie explication de la naissance de la coalition Séléka et de la chute du régime KNK et non dans la stratégie de recherche de bouc-émissaire que François BOZIZE et ses partisans ont déployée pour accuser le MLPC et son Président d’avoir pactisé avec la rébellion de Séléka pour les renverser du pouvoir.

3°) – C’est dans ce contexte que la rébellion armée de Séléka est née et s’est retrouvée en un temps record aux portes de Bangui. C’est aussi dans ce décor que se sont déroulées les négociations politiques sous les auspices des chefs d’état de la CEEAC ayant abouti aux fameux Accords de Libreville qui, s’ils avaient été un tant soit peu respectés par les parties signataires, auraient pu éviter à notre pays de basculer dans la situation cauchemardesque qui a suivi la fuite précipitée de François BOZIZE et le calamiteux pouvoir Séléka. Cette situation a entraîné l’apparition de la milice anti-balakas mêlée aux diverses manœuvres et velléités de retour au pouvoir de François BOZIZE et son clan pour plonger la République Centrafricaine  dans les fâcheuses conséquences qui empoisonnent jusqu’à présent quotidiennement l’existence de nos compatriotes.

4°) – Aujourd’hui, notre pays est objectivement placé sous une tutelle internationale qui ne dit pas son nom. Le degré d’effondrement de l’état centrafricain a atteint un niveau tel que c’est la communauté internationale qui est hélas obligée d’assurer les obligations régaliennes habituelles d’un état. Les Accords de Libreville avaient prescrit la mise en place d’un régime de transition qui en est malheureusement déjà à son troisième Chef d’état ainsi qu’à trois Premier Ministre. Prévue initialement pour durer dix-huit (18) mois au moins et vingt et quatre (24) au plus tard,  l’actuelle transition qui a connu plusieurs fois des échecs, doit cependant déboucher sur des élections législatives et présidentielles dont le calendrier vient d’être reporté de cinq mois supplémentaires par la dernière session qui a eu lieu ici à Bangui, du Groupe International de Contact sur proposition de l’Autorité Nationale des Elections.

Camarades CPN,
Distingués invités.

En effet, il y a aujourd’hui 5 ans que le Conseil Politique National s’est réuni pour débattre des questions de la refondation du Parti et des préparatifs des élections Présidentielles et Législatives qui ne se sont tenues qu’en janvier 2011.
A l’issue des travaux de 2009, le CPN a adopté (20) résolutions et (13) recommandations nécessaires à la relance des activités du Parti et les préparatifs des prochaines échéances de 2010 puis 2011.
Au sortir des assises du CPN, le Bureau Politique s’est engagé à concrétiser ces directives par la mise en place de plusieurs commissions de réflexion dont les rapports ont été remis au Bureau Politique.
Ainsi, un chronogramme des activités a été élaboré et suivait son cour d’exécution.
Les premières actions d’urgence réalisées étaient la mise en place de la Direction Nationale de Campagne (DNC) et l’élaboration du programme global de la restructuration des organes de base du Parti.
Le Bureau Politique a exécuté la plupart des résolutions et recommandations qui ont permis de conduire le Parti aux élections.

Camarades CPN
Distingués invités.

Aujourd’hui, il n’est plus question de revenir sur le passé, mais de jeter les bases d’une réflexion devant nous conduire à aller de l’avant. Il nous faut :
-         Ouvrir le Parti aux anciens camarades qui nous ont quittés et qui veulent revenir ;
-         Consolider nos organes de base à travers un programme global de restructuration
-         Consolider nos organes de base à travers un programme global de restructuration ;
-         Mettre en place la Direction Nationale de Campagne ;
-         Elaborer notre plan d’actions et nos stratégies pour la reconquête du pouvoir de l’Etat en 2015.

Face à ces exigences de l’heure, il est impérieux de taire nos querelles intestines, nos rancœurs et nos tendances divisionnistes pour conforter l’unité du Parti.
C’est pourquoi, l’objectif stratégique doit primer surtout : l’esprit de tolérance, de pardon réciproque, de partage de responsabilités afin que nous donnions à notre parti les meilleurs chances pour 2015.
Par ailleurs notre vision politique nous impose de coopérer avec les autres Partis et Associations politiques de notre pays et du monde entier qui partagent avec nous les valeurs de la Social – démocratie.
C’est ici le lien de remercier tous les partis frères membre de l’Internationale Socialiste qui nous ont apporté des aides multiformes pour la tenue de ces assises.
Aussi est-il est impérieux de nous engager aux côtés de nos alliés de l’Alliance des Forces Démocratique pour la Transition (AFDT) aux fins de préparer sereinement le Dialogue Politique à venir, appelé Forum de Bangui qui peut jeter les bases d’un règlement pacifique de ces crises politico – militaires et récurrentes que connait notre pays.

Camarades CPN,
Distingués invités.

L’heure est à l’action et aux sacrifices sans lesquels aucune victoire ne pourrait être garantie. C’est pourquoi, j’invite solennellement le Conseil Politique National (CPN) à resserrer les rangs du Parti et faire échec à toutes les tentations de division et de récupération politique à des fins ethno – tribalistes.
Sur ce, je déclare ouverts les travaux de la session ordinaire de notre Conseil Politique National.
Je vous remercie

Martin ZIGUELE : "Il n'y aura pas de réconciliation sans justice"

Introduction interview Afrikaweek:  Il est le Président de l’un des plus grands partis politique de la République Centrafricaine et reste très actif dans la vie politique du pays, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Il a le langage franc et s’ouvre facilement aux médias lorsque son avis est demandé sur l’actualité. Ainsi, Mr Martin Ziguélé a bien voulu répondre à nos questions sans langue de bois.

    AfrikaWeekly : Bonjour, quelle est votre analyse de la Transition qui piétine toujours ?

Martin ZIGUELE : Je vous remercie de m’avoir donné la parole. S’il y’a une transition politique aujourd’hui, c’est justement parce que notre pays a connu pendant de longues années de graves dysfonctionnements qui ont abouti à la guerre civile. Dès lors, toute période de transition étant une période d’exception, elle ne pouvait que se dérouler dans la difficulté, et le « piétinement », comme vous dites, de  la Transition actuelle peut globalement s’expliquer par le niveau de l’effondrement de l’Etat et des valeurs républicaines, suite à des décennies de mauvaise gouvernance de notre pays.

Ce serait une grave erreur d’analyse de penser que la complexité de notre situation est née « ex-nihilo » : elle est bien l’aboutissement d’un processus de  désagrégation de l’Etat que nous avions vu venir et que nous avons vainement dénoncé dans le passé, comme Moïse dans le désert.

Pour en revenir concrètement à la situation actuelle, la population centrafricaine est unanime à admettre que le pays ne sort pas de l’imbroglio sécuritaire et n’avance pas non plus sur le chantier du retour à une vie constitutionnelle normale, tandis que le pays est de fait divisé en deux, sinon en trois parties : l’Ouest est contrôlé par les Anti-Balakas, l’Est par les Ex-sélékas dont certains réclament ouvertement la partition du pays et enfin Bangui dont certaines parties de la ville sont sous l’emprise  des Anti-Balakas et des groupes d’auto-défense musulmans. L’Etat est virtuel et à genoux et ni l’Armée, ni la Gendarmerie, ni la Police, ni l’Administration territoriale, ni la Justice ne sont réellement opérationnelles. Cette situation est un véritable désastre pour les droits humains, à cause de leurs massives violations, obligeant les populations à devenir des déplacés internes et aussi à s’exiler dans les pays voisins. Naturellement, l’effondrement de  notre économie qui était déjà en difficultés, est sans précédent : les chiffres les plus optimistes parlent d’un recul d’au moins un tiers, sinon de la moitié, de notre PIB, c’est-à-dire de la richesse nationale. L’informellisation de l’économie est galopante, et les recettes de l’Etat sont en chute libre.

Je pense que cette situation est due aux facteurs suivants, relevant aussi bien de la responsabilité de la communauté internationale que de celle du gouvernement centrafricain:

    Sur le terrain, il a été observé jusqu’à très récemment que les forces internationales n’appliquaient pas de manière systématique leur mandat d’imposition de la paix par la force et de désarmement forcé des groupes rebelles. Les dispositions  de la Résolution 2149 du Conseil de sécurité placent pourtant ces forces sous chapitre 7. Si les groupes rebelles ne sont pas désarmés, comment peut-on arriver à la paix ?
    En même temps que les forces internationales ne procédaient pas au désarmement systématique des groupes rebelles, le fâcheux incident de l’ENAM avait conduit la communauté internationale à s’opposer à une reprise totale d’activités des FACA. Malgré cela, le premier point de la feuille de route du gouvernement de transition avalisée par la communauté internationale est la restauration de la sécurité : comment cela est-il possible ?

    Du côté du gouvernement centrafricain, beaucoup de temps a été inutilement perdu depuis la démission de Michel Djotodjia, puis l’élection de Madame Catherine Samba-Panza, dans des expérimentations institutionnelles hasardeuses, alors qu’il existe une Charte Constitutionnelle de Transition. La conséquence du non-respect de la légalité s’est entre autres manifestée par la nomination de Premiers Ministres et la formation de gouvernements dans une ambiance de querelle permanente qui a fragilisé l’Exécutif, ainsi que par la marginalisation subséquente des forces politiques véritablement républicaines , qui a favorisé un appel d’air objectif  en faveur de groupes armés qui ont fini par prendre en otage et l’Etat et le  régime.

Par ailleurs, alors bien même qu’il ne lui est pas permis d’avoir de vraies forces armées, et devant le fait que les forces internationales ont leur propre compréhension de leur mandat d’imposition de la paix et de désarmement, le gouvernement centrafricain a accepté sans sourciller de garder comme priorité de sa feuille de route l’instauration de la sécurité, ce qu’il ne pourra pas objectivement réussir dans les conditions actuelles. On ne peut pas s’engager à un objectif qu’on ne peut tenir.

Ce sont toutes ces raisons et ces manquements qui ont fragilisé la transition alors que l’élan pris en janvier 2014 avait suscité de réels espoirs.  Cela confirme si besoin en était qu’il ne faut jamais s’écarter des textes fondamentaux de gouvernance d’un pays, au risque de se retrouver sans cap et dans une guéguerre de personnes.

    AfrikaWeekly : Que pensez-vous de l’affaire du « don angolais » ?

Martin ZIGUELE : Feue Sa Majesté le Roi Hassan II du Maroc- Paix à son âme- avait coutume de dire que  pour gérer un pays, tout pouvoir exécutif  doit pouvoir disposer de la carotte et du bâton, et que ce que la main droite du Chef fait, sa main gauche ne doit pas le savoir.

Sur le premier point,  notre Exécutif  qui ne dispose pas encore du  bâton nécessaire pour imposer la paix ni imposer un quelconque agenda aux groupes rebelles, a voulu utiliser les carottes pour acheter la paix auprès des groupes rebelles et de leurs chefs. N’ayant pas non plus de carottes à disposition, il a dû utiliser ce qui lui tombe sous les mains y compris le don angolais qui a défrayé la chronique ces jours-ci.

Sur le second point, il n’y a plus aucun secret d’Etat chez nous ni de discrétion dans la gestion  de certains dossiers sensibles. Tout se répand en rumeurs qui d’ailleurs se vérifient très souvent, ce qui signifie que les rumeurs prennent leurs sources dans les milieux de pouvoir. Comme la Radio-Centrafrique, la radio nationale, n’émet que sur Bangui depuis des lustres et que presque personne ne se préoccupe de cette situation. La rumeur a ainsi remplacé l’information, à la grande joie des personnes et des forces négatives qui manipulent à leur guise l’opinion.

    AfrikaWeekly : Comment entrevoyez-vous le futur dialogue politique inclusif ?

Martin ZIGUELE : Dans une république démocratique, le dialogue est permanent au niveau de l’Assemblée Nationale et du Sénat s’il y’en a un.  Dans une situation de crise comme la nôtre, le dialogue est une nécessité, car dans tous les cas, il vaut mieux dialoguer que de s’affronter.

Dans notre cas, je pense que ce dialogue doit être « scientifiquement » préparé, c’est-à-dire qu’il faut bien le préparer sur le plan méthodologique , et ensuite produire des documents préparatoires de travail par rapport aux différents thématiques et  objectifs attendus.  Ces documents de travail seront discutés et enrichis par les parties prenantes,  y compris les communautés à la base-parce qu’elles sont aujourd’hui divisées et se haïssent alors qu’elles doivent accepter de revivre ensemble-  avant de réunir un dialogue final à Bangui.

Ce dialogue politique ne doit pas faire le lit de l’impunité car je ne le répèterai jamais assez, il n’y aura pas de réconciliation sans justice.

    AfrikaWeekly : Que pensez-vous de cette nouvelle Brigade d’Intervention Rapide ?

Martin ZIGUELE : Cette décision traduit certainement la volonté de l’exécutif de transition d’avancer sur le chantier de la réhabilitation des Forces Armées Centrafricaines. Cependant je pense qu’il faut privilégier une démarche globale et méthodique, de concert avec la communauté internationale, pour éviter que cette initiative louable dans ses intentions ne conduise à une plus grande fragilisation de l’institution militaire et de la situation.

    AfrikaWeekly : Pouvez-vous nous situer sur cet embargo qui frappe les Forces Armées Centrafricaines ? Quels textes ?

Martin ZIGUELE : Lisez la résolution 2149 des Nations unies, elle ne préconise nulle part un embargo sur les armes contre les Forces Armées Centrafricaines  mais plutôt contre les groupes rebelles. La preuve est qu’en mars  dernier, les FACA avaient été invités à un grand rapport à l’ENAM pour leur réengagement, en présence de la Présidente de Transition, des représentants de la communauté internationale et des medias nationaux et internationaux présents à Bangui.  C’est le drame qui s’est produit là-bas à la fin de cette cérémonie, qui a motivé le coup d’arrêt de la reprise des FACA.

C’est donc à tort que nous entendons beaucoup de personnes- et même des médias-  affirmer que c’est le Conseil de sécurité de l’ONU qui a demandé de désarmer les FACA. Il suffit de se donner la peine de  lire l’ensemble des résolutions pour savoir que cela est faux.

   AfrikaWeekly : A quand la restructuration des FACA ? Faille-t-il attendre la venue du futur locataire du Palais de la Renaissance ?

Martin ZIGUELE : La restructuration des FACA fait effectivement  partie du projet global de Réforme du Secteur de la Sécurité, avec son corollaire le programme DDR. C’est un chantier fondamental qui s’étendra naturellement au-delà de la transition mais qu’il urge de commencer sans attendre, compte tenu de la situation sécuritaire du pays, et du poids financier que représente la  prise en charge  actuellement par l’Etat des FACA, sans contrepartie réelle parce que fondamentalement le statu quo demeure.

Là aussi, il faut agir avec méthode et bien expliquer sa démarche : il faut discuter sereinement avec tous nos partenaires pour refonder une armée républicaine, professionnelle et véritablement nationale. Je pense à la création sur la base des effectifs actuellement recensés et mobilisés, de  nouvelles unités englobant l’ensemble des personnels militaires. Par exemple, comme du temps de Jean-Bedel Bokassa, des missions de sécurisation statique, de génie et même de reconstruction peuvent déjà leur  être confiées, et parallèlement pourra s’organiser, de manière encadrée et balisée, leur montée en puissance progressive.

La présence des forces internationales sur notre sol est une opportunité unique pour permettre à nos Forces de Défense et de Sécurité de se professionnaliser.  Avec la réintroduction des pratiques professionnelles aujourd’hui disparues dans nos Forces, comme la signature par tout soldat du contrat d’engagement triennal et la notation individuelle, bref avec le retour de la discipline dans les armées et sa dépolitisation, je suis convaincu que la séparation du bon grain et de l’ivraie se fera alors d’elle même.

   AfrikaWeekly : La Transition s’achèvera au 15 février 2015. Au 16 février la RCA sera régi par quel texte et gouvernée de quelle manière ?

Martin ZIGUELE : L’article 102 de la  Charte Constitutionnelle de la Transition dispose ce qui suit « La durée de la transition est de dix-huit (18) mois, portée à vingt-quatre (24) mois sur avis conforme du Médiateur. En cas de nécessité, la durée de la transition peut être examinée par la Conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement de la CEEAC sur proposition conjointe et motivée du Chef de l’Etat de la Transition, du Premier Ministre et du Président du Conseil National de Transition. La période de transition débute  par une cérémonie officielle après l’entrée en vigueur de la présente Charte Constitutionnelle de Transition. Les Juges Constitutionnels ensuite le Chef de l’Etat de transition prêtent serment à l’occasion de cette cérémonie. »

L’entrée en vigueur de la Charte datant du 18 aout 2013, la fin de la transition est fixée au 18 février 2015, mais comme le dit la loi cette durée peut être portée à vingt-quatre mois, c’est-à-dire au 18 août 2015. Voilà ce que dit la loi.

    AfrikaWeekly : Pensez-vous que les élections peuvent toujours avoir lieu au premier trimestre 2015 ?

Martin ZIGUELE : L’Autorité Nationale des Elections, qui est seule compétente en la matière,  a déjà dit par la voix de son Président que les élections ne pourront pas avoir lieu  avant octobre 2015,pour des raisons principalement financières et sécuritaires. Nous en avons pris acte et demandons que le processus électoral fasse l’objet de plus d’attention  de tous, pour permettre à notre pays de sortir de cette zone de turbulences.

    AfrikaWeekly : Serez-vous candidat ?

Martin ZIGUELE : Le MLPC en décidera lors de son prochain congrès extraordinaire convoqué pour le 22 novembre 2014 à Bangui. Au MLPC, on ne s’autoproclame pas candidat car dans notre Parti il existe deux principes fondamentaux en la matière :  le Président du Parti n’est pas automatiquement son candidat aux élections présidentielles et  tout militant peut être candidat. C’est d’ailleurs sur la base de ce principe que j’ai été candidat du Parti en 2005, sans être à l’époque Président du parti.

       AfrikaWeekly : Est-ce que le MLPC ne risque pas d’être fragilisé avec 3 candidats issus de ce parti mais qui le seront pour d’autres entités pour les deux autres (Vous, Mr Sylvain Patassé et Mr Anicet Dologuélé) ?

Martin ZIGUELE : Je vous répète qu’au MLPC nous ne nous autoproclamons pas candidat, donc votre assertion n’est pas vérifiée à ce jour quand vous me citez parmi les candidats. En plus il faut bien vérifier vos informations relatives à l’appartenance de telle ou telle autre personne au MLPC, qui se matérialise toujours par la détention d’une carte de militant. Dans tous les cas, l’élection présidentielle est une rencontre entre un homme- ou une femme- et le peuple, et c’est le peuple qui décide.

       AfrikaWeekly : Quel est votre message aux Autorités de la Transition et au peuple Centrafricain ?

Martin ZIGUELE : Mon message est que la persistance de la crise sécuritaire, politique et humanitaire de la RCA requiert de notre part beaucoup d’abnégation et de lucidité. Nous devons continuer à dialoguer avec la communauté internationale pour arriver à une application sans réserve des résolutions pertinentes des Nations Unies en vue d’imposer la paix et de désarmer les groupes rebelles. Cela induit la  reprise forcée des mains des groupes rebelles des zones d’exploitation illicite des diamants et de l’or, qui servent à leur financement et à leur résilience. Nous devons tous œuvrer  à la reconstitution des fonctions régaliennes de l’Etat, y compris les Forces de défense et de sécurité,  de la chaîne pénale et  à l’organisation rapide des élections.

Nous devrons aussi œuvrer sans relâche à la restauration de l’administration civile, policière et militaire à l’intérieur du pays, ce qui favorisera le retour des déplacés et des réfugiés dans leurs foyers, avant et après un dialogue bien préparé.

Le chantier est vaste et délicat, mais pas impossible puisque nous ne sommes pas seuls aujourd’hui. Pour la première fois de notre histoire la communauté internationale est à notre chevet de façon compréhensive comme l’atteste l’étendue du mandat conféré par la résolution 2149 à la MINUSCA.

Je conclus en citant notre Père Fondateur Barthélémy Boganda qui aimait répéter cet adage : « lorsque vous montrez une étoile à un demeuré, au lieu de voir l’étoile, il regarde votre doigt».

Malgré les indicibles souffrances qui nous brouillent la vue et l’esprit, ne voyons pas le doigt qui nous montre l’étoile, mais voyons l’étoile.

 

Déclaration de la Fédération EuropeAAMOO

Comme à l’accoutumée la Fédération « EUROPE-AMERIQUES-ASIE-MOYEN ORIENT-OCEANIE » (EAAMOO) du MLPC a organisé avec grand succès ce 1er novembre 2014 dans la salle de conférence de l’hôtel Campanile de Bobigny, en région parisienne, sa rentrée politique pour la période 2014-2015. Cette rencontre a rassemblé massivement les militantes et militants de toutes les sous-fédérations (Aquitaine, Rhône-Alpes, Midi-Pyrénées, Ile-de-France, Aude, Languedoc-Roussillon, Belgique, Asie) et les organes connexes, le MLFC (Mouvement de Libération de la Femme Centrafricaine) et le MLJC (Mouvement de Libération de la Jeunesse Centrafricaine).

Elle a eu l’honneur de recevoir parmi ses distingués invités le président de la fédération « Europe » de la CRPS (Convention Républicaine pour le Progrès Social), partenaire politique de l’AFDT (Alliance des Forces Démocratiques pour la Transition), Daniel MAKOURI, qui a axé son message à l’endroit des participants sur la nécessité d’œuvrer pour la sécurité, la paix et la réconciliation en RCA.

Bien que retenu à Bangui pour la préparation du Conseil Politique National (CPN) et du Congrès Extraordinaire du Parti, le camarade Martin ZIGUELE, Président du MLPC, a salué par la voix du président fédéral, le camarade Jean-Didier KABRAL, la tenue de cet évènement politique important en cette période.

Compte tenu de la situation qui prévaut dans le pays, cette rentrée politique a été placée sous le thème de « Paix, Justice et Réconciliation en Centrafrique ».

C’était aussi l’occasion de rappeler l’appel lancé du haut de la tribune des Nations Unies le 15 mai 2013, par le Premier Ministre d’alors,  Maître Nicolas TIANGAYE, pour demander une intervention de la communauté internationale aux côtés de la MISCA pour sauver notre pays et la population centrafricaine des exactions en tout genre. Le MLPC a été l’un des premiers organes politiques à appuyer et relayer ce message par des contacts multiformes permettant de rendre possible cette intervention. Aujourd’hui la MINUSCA est l’aboutissement de toute cette démarche.

         Enfin il a été question du CPN et du Congrès Extraordinaire du Parti qui se tiendront à Bangui du 20 au 22 novembre 2014. A l'issue de ces assises qui se pencheront également sur la situation du pays, le candidat du MLPC aux prochaines élections présidentielles sera désigné pour donner l’espérance au peuple centrafricain.

La Fédération « EAAMOO » appelle donc tous les militantes, militants et sympathisants du MLPC, parti de masse et avant-gardiste, à ne ménager aucun effort pour œuvrer aux côtés des autres forces vives de la Nation afin que la RCA retrouve la paix, la tolérance et le vivre ensemble d’antan.

 

Fait à Paris, le 4 novembre 2014.

Antoine Jérémie NAM-OUARA

Membre du Bureau Politique

Chargé de communication extérieure

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