Interview de Martin ZIGUELE au journal "Le Confident"

1- Monsieur Martin Ziguélé bonjour. Vous avez pris part à la concertation de Brazzaville. Entre le forum et la concertation qu’est ce qui a fondamentalement fait avancer la transition ?

Je vous remercie de me donner la parole pour clarifier nos positions aussi bien au MLPC qu’à l’AFDT dont je suis depuis peu le porte-parole. Le Forum de Brazzaville, ainsi que la concertation ont chacun fait avancer de son côté la transition. Le Forum de Brazzaville a abouti à un accord de cessation des hostilités tandis que la concertation qui s’en est suivie a permis d’identifier des préoccupations dont la résolution permettra à la transition d’être plus inclusive et plus apaisée. Cependant dans un cas comme dans l’autre notre propre volonté à nous centrafricains de transcender nos propres contradictions pour ouvrer au retour à la paix est primordiale.

2- Au lendemain de ces assises, le gouvernement Kamoun est contesté par une partie de la classe politique et des groupes armés. Pour preuve, votre camarade Jeannette Déthoua siège au sein de ce gouvernement en violation de la décision de l’AFDT de la retirer. Après la sanction infligée à Mme Jeannette Déthoua par son parti, l’AFDT continuera-t-elle à soutenir la transition ?

Si à l’AFDT nous avons finalement décidé de ne pas participer au gouvernement, c’est essentiellement parce que notre analyse nous a amené au constat d’une absence d’inclusivité réelle, au sens de l’article 36 alinéa 4 de la Charte Constitutionnelle de Transition qui a consacré ce principe, et à notre connaissance cette Charte n’est pas dénoncée.
Mais je puis vous assurer que nous avons déjà tourné cette page. Pour nous, la transition est un processus qui engage tous les centrafricains, car notre pays est comme un véhicule embourbé et nous devons tous unir nos forces pour le pousser afin qu’il sorte de cette passe difficile. Nous restons donc mobilisés pour soutenir le processus de transition, qui ne se résume évidemment pas exclusivement à la participation à un gouvernement.  La transition comporte un très important volet politique qui est celui de la recherche de la paix, de la cohésion nationale perdue et du bien vivre-ensemble qui a disparu entre les filles et les fils de notre patrie. Nous ne ménagerons aucun effort pour nous impliquer à fond dans ces chantiers et je peux même vous faire la confidence que les partis membres de l’AFDT ont déjà commencé à y travailler.
 
3- La mission de ce gouvernement est d’organiser le dialogue politique inclusif, alors que la priorité de la transition, c’est la sécurité et les élections. L’Autorité Nationale des Elections (ANE) n’est pas encore représentative, les conditions sécuritaires ne sont pas réunies et le nombre de déplacés internes ne fait s’augmenter dans certaines zones. Etes-vous convaincu que la concertation nationale se tiendra dans le trois mois prévus et que le calendrier du processus électoral sera respecté ?

Pour ce qui nous concerne, je répète que nous restons disponibles pour contribuer aussi bien au chantier de la sécurité et des élections qu’à celui du dialogue politique qui est prévu pour aller de la base dans nos seize préfectures, jusqu’au sommet à Bangui. Nous souhaitons que ce délai soit  respecté mais je ne perds pas de vue que des contraintes réelles existent dans la situation actuelle de notre pays et peuvent faire bouger les prévisions. Pour finir je pense que nous devons mettre l’accent sur la qualité et l’inclusivité de la préparation, car il ne faut pas confondre vitesse et précipitation surtout dans la gestion des processus politiques.

4- En votre qualité d’ancien premier ministre et de leader d’un ancien parti politique au pouvoir, quelles sont les propositions de sortie de crise que vous pouvez faire aux dirigeants de la transition ?

Pour sortir de cette crise existentielle, nous centrafricains devront œuvrer à avoir une même vision de la transition. En effet, je pense qu’il n’y a pas d’un côté les dirigeants de la transition qui auraient le mandat impératif de réussir « coûte que coûte » leur mission, et d’un autre côté des centrafricains spectateurs de la transition qui doivent se contenter de les juger. Cette conception est dangereuse parce qu’au final c’est notre pays qui risque de tout perdre. Je pense que l’entrée de notre pays dans un processus de transition signifie une situation d’échec collectif, et que personne ne sortirait victorieux de cette situation si nous n’unissons pas nos vues pour faire gagner d’abord notre pays. Si cette transition douloureuse permet de faire gagner la RCA et que notre pays se remet debout dans la paix et dans l’unité,  nous aurons tous gagné, sinon nous tous nous aurons perdu.
C’est pour cette raison que je pense que nous devons tous nous mobiliser pour la recherche de la paix, et de la cohésion nationale. Si nous y parvenons, par le dialogue et la concertation, nous aurons gagné une victoire importante. Ensuite, nous devons nous atteler à apporter des réponses objectives aux graves manquements qui nous ont conduit à cette faillite collective, je veux parler de la restauration de l’esprit citoyen, de la gestion équilibrée des terroirs et des territoires, de l’égalité des chances, des droits et des devoirs en République , de la citoyenneté, de la gouvernance politique et démocratique et de la lutte réelle contre la pauvreté et la prédation.
Ce vaste chantier va loin, au-delà des querelles de clochers, des invectives ad hominem et des positionnements opportunistes. En fait la sortie de crise est fondamentalement fonction de notre maturité civique et politique, et de notre amour pour notre patrie.

Décision de Conseil Politique National et de Congrès Extraordinaire

Le Bureau Politique du Mouvement de Libération du Peuple centrafricain (MLPC) a le plaisir de porter à la connaissance des militantes, militants et sympathisants, tant en République centrafricaine que dans les fédérations à l’extérieur de notre pays, ce qui suit :

Réuni en séance extraordinaire le 26 Août 2014, le Bureau Politique a décidé de la convocation du Conseil Politique National et du Congrès Extraordinaire du Parti selon le calendrier suivant :

-     Conseil Politique National (CPN) : les 20 et 21 Novembre 2014 à Bangui;
-     Congrès Extraordinaire : le 22 Novembre 2014 à Bangui

Tous unis, nous vaincrons !

Fait à Bangui, le 02 Septembre 2014

Le Président

Martin  ZIGUELE

Décision de suspension de la camarade Jeannette DETHOUA

Décision n°  11 / 14
Portant  suspension d’une camarade membre
de la Commission de Contrôle et d’Arbitrage (CCA)

 

Le Bureau Politique


Vu les Statuts et Règlement  Intérieur du Parti ;
Vu le procès – verbal de la réunion statutaire du Bureau Politique en date du 27  Août 2014.

Décide


Article 1er : La camarade  Jeannette  DETHOUA, vice Présidente de la Commission de Contrôle et d’Arbitrage (CCA), est suspendue de toute activité du Parti conformément à l’article 72 alinéa 2 du Règlement Intérieur jusqu’au
prochain Conseil Politique National (CPN).

Motifs : - Inobservation de la ligne politique du Parti (article 69 alinéa 1 du Règlement Intérieur) ;
               - Refus d’exécuter les décisions et directives émanant  du Bureau Politique (Article 71 alinéa 1 du Règlement Intérieur) ;

Article 2 : La présente décision qui prend effet pour compter de la date de sa signature sera enregistrée et publiée  partout où besoin sera.


                                                                                     Fait à Bangui, le 29 Aout 2014

                                                                                     Le Président

                                                                                     Martin  ZIGUELE

Ampliations
-C.C.A
-Tous les organes du Parti                        
-AFDT


      

Lettre aux millitants et sympatisants du MLPC

LETTRE AUX MILITANTS ET SYMPATHISANTS DU MLPC

Chers  Camarades militants et sympathisants,
 
Cela finira par devenir une habitude, me diriez-vous,  mais je vous prie de m'excuser une fois de plus, de n'avoir pas tenu depuis un certain temps , mon engagement de vous adresser régulièrement cette lettre.
L'actualité politique de notre pays avec son cortège de réunions et de déplacements, ainsi que la préparation de la prochaine session du Conseil Politique National, instance suprême de notre Parti, et  celle du Congrès extraordinaire, me laissent objectivement très peu de temps. Je ferai au mieux à l'avenir.
L'avenir immédiat pour notre pays, c'est le prochain déploiement, le 15 septembre prochain, des Casques Bleus des Nations Unies. Il vous souviendra que suite à l'appel lancé du haut de la tribune des Nations Unies le 15 mai 2013, par le Premier Ministre d'alors, Me Nicolas Tiangaye, pour demander l'intervention armée de la communauté internationale aux côtés de la MISCA pour sauver notre pays et notre peuple, notre Parti a relayé ce discours par des contacts de terrain pour la rendre possible. Nous saluons à nouveau la mobilisation de nos camarades partout dans le monde pour défendre la cause de notre pays. Un hommage mérité  doit être rendu au Président François Hollande qui s'est personnellement impliqué pour obtenir ces résultats, aux Chefs d 'Etat de la CEMAC, de la CEEAC et aux trois personnalités religieuses centrafricaines - Mgr Dieudonné Nzapalainga, l'Imam Kobine Layama et le  Pasteur Nicolas Grékoyamé - sans lesquelles la mobilisation internationale aurait été plus laborieuse.
Merci  à nos camarades socialistes français Harlem Désir et Jean-Christophe Cambadélis, ainsi qu'à toutes leurs équipes. Merci à nos camarades de la Fondation Jean-Jaurès. J'associe à ces remerciements toute la grande famille de l'Internationale socialiste et notre Secrétaire Général le camarade Luis Ayala à Londres, ainsi que le Président de son Comité Afrique Emmanuel Golou.
L'arrivée très prochaine des Casques Bleus dans notre  pays sera un déclic important pour un retour à la paix, pour la très simple raison que notre situation est plus grave que celle des autres  pays en conflit, puisque nous n'avons ni armée, ni police ni gendarmerie opérationnelles sur lesquelles pouvoir compter.
Depuis le forum de Brazzaville en effet, tout se passe comme si les ennemis de la paix se sont donné le mot pour multiplier les incidents meurtriers sur le terrain: Dékoa,  Batangafo,  Bouca, Mbrés, Bambari , Boda, le km5, Boy-Rabe, etc. C'est par dizaine que des vies humaines sont fauchées, et les forces internationales sont mises à rude épreuve. 
Nous sommes à la croisée des chemins, et au carrefour de la vie de notre pays. Nos difficultés politiques récurrentes sont la conséquence de la profonde crise éthique, politique et de gouvernance de notre pays, et leur résilience trouve ses fondements dans notre rapport laborieux avec les normes, mais aussi avec l'altérité.
Là où nous en sommes aujourd'hui, nous n'avons plus le choix. Soit nous remportons une victoire contre nos propres pesanteurs, et nous sauvons notre pays, soit nous continuons à faire comme si de rien n'était , et nous continuerons à  vivre cette situation d'une extrême gravité : notre Etat est à genoux, balloté au gré d'intérêts catégoriels inavouables, sans administration civile ni militaire, sans armée opérationnelle, avec une bonne partie de nos compatriotes déplacés internes et réfugiés dans les pays voisins, et une économie et des finances en état de mort clinique.
Le Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain, parti issu de notre peuple dans les affres de la dictature implacable de 1979, ne doit ménager aucun effort, ni ici au pays ni ailleurs, pour œuvrer, aux côtés des autres forces politiques et sociales, afin que notre pays, de fait divisé, se réunisse dans la paix, dans la tolérance et dans le bien -vivre ensemble, quelles que soient nos opinions, nos origines et nos croyances.
Virgile, dans l'Enéide, disait il y a plus de deux mille ans: "Timeo Danaos et dona ferentes...", il n'y a pas de cadeaux à attendre par le peuple centrafricain, de qui que ce soit.
Seule notre engagement et notre vigilance républicaine nous permettront d'œuvrer pour sauver notre pays, afin que la parole revienne à notre peuple souverain.
 
Victoire Camarades, seule la lutte libère!
 
Martin ZIGUELE
 
Bangui 28 août 2014

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